Portfolio - Quelques gouttes pour la vie.


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 Dans la forêt équatoriale bordant le littoral sud du Kenya, proche de la Tanzanie, un groupe de babouins se régale de jeunes pousses et de racines. L’hygrométrie élevée verdit la moindre parcelle de terre. Ici tout n’est qu’abondance, d’arbres en fleurs ou aux branches alourdies de fruits bien mûrs. On fouine, on gratte… La vie n’est pas bien compliquée. Les gens d’ici disent : Akuna matata. Même pour les plus jeunes se nourrir reste chose facile. Ils sont pourtant loin d’imaginer qu’à quelques cent kilomètres d’ici les animaux de Tsavo, la plus grande réserve de l’Est africain, meurent par centaines…



  Au petit matin, les buffles entament leur longue procession sur la route de la soif. Malgré les points d’eau artificiels, ils sont morts en grand nombre. Tsavo ne compte guère de charognards à part les vautours et les marabouts, et des carcasses sont visibles un peu partout. Cinq années de sècheresse, quatre saisons des pluies sans une seule goutte. En septembre 2009 la situation est critique. Trente ans d’efforts, de préservation acharnée de la faune sauvage sont mis à mal.
Mais enfin, il a plu sur Tsavo Ouest. En quelques semaines, les buissons ont repris vigueur, les arbustes arborent même quelques baies.

A Tsavo Est les impalas sont présents en nombre. Du dik-dik, à l’oryx, de la plus petite gazelle aux plus grandes antilopes, les populations ont souffert mais les dégâts ne sont pas irréversibles. Très mobiles, elles ont su aller chercher la nourriture dans des endroits plus cléments, bien loin de Tsavo parfois.

Chez les zèbres de Burchell, point trop d’inquiétude à cette heure. Ils en profitent  pour gambader, jouer, laisser aller leurs instincts sauvages. Tsavo c’est aussi le paradis des oiseaux. On y trouve bon nombre d’espèces endémiques ou migratrices. On peut croiser la flegmatique outarde du Sénégal et avec près de 20 kg sur la balance,  l’outarde de Kori, le champion du monde poids lourd des oiseaux volants.

Paradoxe de la nature le daman des rochers est le cousin le plus proche génétiquement de l’éléphant malgré ses 25 cm de long. Il se satisfait de peu, une brindille par-ci, ou une feuille plus verte. Dans les buissons, certain équilibristes ne manquent pas de se régaler des jeunes pousses fraichement sorties.
Mais le daman n’est qu’un maillon de la chaîne alimentaire pour l’autour à ailes grises à l’affût sur la  branche d’un squelette d’acacia.

Les fameux éléphants rouges de Tsavo. Colorés par terre ocre, ils sont les gardiens de ce temple de la nature. La population d’éléphants est la première à avoir souffert du manque d’eau. Les plus jeunes en particulier. Leur petite taille, et une trompe trop courte, ne leur permet pas d’atteindre les feuillages les plus hauts. Entre mi-août et mi-septembre 2009 les ossements de quarante pachydermes morts de faim ont été retrouvés dans le lit des rivières asséchées. Cette année un grand nombre d’éléphanteaux survivra. Chaque petit est important pour cette espèce qui ne donne la vie qu’une fois tous les trois à cinq ans.

Les conséquences du phénomène « El Niño » n’auront pas semé la destruction et la souffrance chez les hommes cette fois ci, mais un espoir de subsistance pour la faune sauvage. La mise en place de solutions de fortune comme l’ouverture des sanctuaires à rhinocéros ne remplace pas la pluie. Même avec toute la volonté du monde les autorités kenyanes ne peuvent trouver de solution efficace pour un territoire grand comme quatre départements français.


La fin de journée s’annonce et la température commence à baisser. Les grands félins reprennent doucement de l’activité. Un groupe de guépards se rend au point d’eau, où tout le monde se désaltère. Les deux adultes s’éloignent  des jeunes insouciants, à la recherche d’une éventuelle proie. Chez le roi du sprint un autre problème s’ajoute. Une baisse de la fertilité fait décliner leur nombre insidieusement. Les recherches restent en cours quant aux causes de ces maux qui touchent les mâles de plus de sept ans.

Le jour s’en va sur Tsavo. Malgré un lourd tribut, la faune sauvage reprend ses droits. Buffles, éléphants, guépards, zèbres et antilopes, tous profitent de cette trêve pour perpétuer leurs espèces. Pour une fois l’Homme aura su lutter pour la préservation de la biodiversité. Sans aménagement les populations seraient redescendues au niveau des années 80 et leurs braconnages intensifs.

Un buffle seul, le visage blême, traine sa carcasse sur le flanc d’une crête sombre.  Ses sabots glissent sur le basalte avec fébrilité. Son regard doux semble me demander si, bientôt, ce ciel capricieux donnera de nouveau  « quelques gouttes pour la Vie ».

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